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Les Entretiens des Civilisations Numériques

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Et donc, nous croissions. L'Inde proclama que les jeux du Commonwealth de Delhi de 2010 seraient encore plus grandioses que les JO de Pékin, ce à quoi la Chine répondit en injectant encore plus de fonds dans l'exposition mondiale de Shanghai, qui se tenait la même année. Le baril de pétrole atteint 150$, puis 200$, ce qui faisait mal, mais finalement pas tant que cela. On ne manquait somme toute pas d'argent et par ailleurs, les entreprises prévoyantes savaient profiter des baisses occasionnelles, en dépit d'une nette tendance à la hausse.

Au fond, nous pensions que le problème du réchauffement de la planète et de l'épuisement de ressources telles que le pétrole et l'eau potable finirait par se résoudre tout seul. Nous découvririons bien à temps des sources d'énergie inépuisables, nous apprendrions à contrôler le climat ou à capturer le CO2. Et puis nous achetions des voitures hybrides, nous utilisions 2 ou 3 poubelles pour le recyclage des ordures, nous acceptions volontiers de nouvelles taxes sur le carburant et les voyages en avion, nous faisions un peu de téléconférences, nous travaillions de la maison la plupart des vendredis… Bref, nous faisions des efforts, ce qui nous donnait bien le droit de nous opposer à l'installation de l'éolienne qui risquait de gâcher la vue derrière notre maison de campagne.

Une sacrée époque, vraiment. Jusqu'à ce que le ciel nous tombe sur la tête.

La rupture

Tout a commencé lors d’une nouvelle année Olympique, 2012. En mai, un accrochage entre les marines chinoise et américain au sujet de deux superpétroliers que les deux pays voulaient dérouter vers leurs ports respectifs, révéla combien les stocks étaient devenus bas. Cet incident déclencha à lui seul une séquence infernale : le prix du pétrole explosa, 40% des avions d'UPS et de Delta furent cloués au sol, plusieurs usines durent fermer jusqu'à ce que les approvisionnements de pétrole redeviennent à nouveau réguliers. Des villes entières durent interdire la climatisation malgré des étés particulièrement chauds. Puis, en dépit du déploiement massif de technologies de sécurité et de surveillance (mais aussi en partie grâce à lui), 3 attentats terroristes mortels et particulièrement bien pensés frappèrent Londres la veille de la clôture de ses Jeux Olympiques. Le système de sécurité du stade de Wembley a tout d’abord été piraté pendant la finale de football, et détourné dans le but de créer une panique générale, en émettant des annonces terrifiantes et des consignes contradictoires alors que toutes les portes étaient fermées et que les barrières électriques étaient en service. La deuxième attaque, biologique cette fois, fut perpétrée dans le stade fermé des compétitions de gymnastique. Parallèlement, une attaque électronique massive neutralisait les réseaux de communication de la ville, les noeuds de surveillance et les capteurs, ainsi que tous les services de géo-localisation, ce qui ralentit les secours.

À fin du mois d’août, une saison des pluies exceptionnellement forte frappa le Golfe du Bengale et inonda le delta du Gange et du Brahmapoutre, tuant ou déplaçant des millions de personnes et détruisant la majeure partie des infrastructures du Bangladesh. Mais le reste du monde était tellement préoccupé par ses propres problèmes qu'après la mobilisation initiale des médias, des O.N.G. et de l'aide militaire, la solidarité internationale se contenta du strict minimum.

Ces événements eurent des répercutions dévastatrices. Les marchés boursiers se sont bien entendu effondrés. Les voyages aériens furent durement frappés, d'abord par la crainte d'autres attaques et par des mesures de sécurité qui transformaient l'embarquement en enfer et désorganisaient totalement les lignes, puis en raison du prix du carburant et enfin, à cause de nouvelles restrictions gouvernementales pesant sur le trafic aérien. Lourdement endettées après avoir acheté de nombreux avions dans la période précédente, plusieurs lignes aériennes firent faillite. Airbus ne survécut à cette crise qu'en exploitant lui-même un certain nombre de ses avions et en cédant 30% de son capital à des investisseurs russes. La confiance des ménages plongeait, l'épargne augmentait, la consommation, la construction et l'investissement étaient en panne. Les agences de sécurité en profitèrent pour, enfin, imposer une régulation stricte de l'internet, instaurant un contrôle par les Etats (ainsi, de fait, que par les Etats-Unis) de la plupart des informations qui y circulaient. En 2013, l'économie mondiale baissa de 2% et le commerce international de 22%.

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