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Si le «projet« nanotechnologique a déjà presque 50 ans (esquissé par le prix Nobel de physique Richard Feynman en 1959, théorisé par le Japonais Norio Taniguchi en 1974 et popularisé par le scientifique-militant Eric Drexler en 1980), son amorce de concrétisation n'a été rendu possible qu'à partir des années 1980, date de la création des microscopes à effet tunnel et du microscope à force atomique (IBM). À l'échelle des nanoparticules, ces outils permettent d'observer et de travailler sur la matière à l'échelle du nanomètre (milliardième de mètre) dans presque tout les domaines de l'activité humaine.
Les nanotechnologies présentent avant tout de nouveaux matériaux possédant des propriétés inédites de résistance, de conductivité, d’élasticité, de légèreté, de densité, ou encore réagissant de manière très spécifique à d’autres substances. Ces matériaux peuvent s’utiliser seuls, en combinaison avec des matériaux classiques (bétons, plastiques…) ou encore, en association avec des dispositifs électroniques ou des cellules vivantes. Parmi les principaux domaines d’application aujourd’hui, on citera la médecine, les technologies de l’information, l’énergie et l’environnement, et les applications militaires. Leurs perspectives de développement industriel à grande échelle sont généralement considérées comme réalistes à l’horizon de 20, voire 10 ans.
Il existe aujourd’hui un grand nombre de produits incorporant des nanotechnologies : des raquettes et des balles de tennis plus réactives et durables, des crèmes solaires plus protectrices et résistantes, des tissus infroissables et des revêtements muraux qui repoussent l’eau et la poussière, des lunettes de soleil inrayables, et plusieurs produits électroniques ou informatiques. Plus expérimentales, des applications médicales ont déjà permis de réduire des tumeurs malignes ou d’aider des handicapés à retrouver l’usage d’un organe endommagé. Pour autant, certaines des perspectives les plus ambitieuses, notamment celle de l’ « assemblage moléculaire«, qui consisterait à fabriquer grande échelle des matériaux ou des objets à partir d’un assemblage d’atomes ou de molécules élémentaires, demeurent lointaines, voire incertaines. On en reste aujourd’hui plutôt au stade artisanal. Bref, les nanotechnologies en sont à la fois au stade de la recherche fondamentale et des premières applications. Le pas est vite franchi de la spéculation à l’investissement, de la théorie à la pratique, de l’expérience au marché – ce qui donne le sentiment d’un formidable bouillonnement scientifique et créatif, tout en faisant parfois penser à « L’apprenti sorcier «.
Le développement des nanosciences et des nanotechnologies bouscule les traditionnelles frontières scientifiques et disciplinaires : elles sont à l'origine de nouvelles convergences, mais aussi d'éventuelles tensions voire de conflits, entre les savoirs et conventions propres à la physique, à la chimie et à la biologie. L'avenir des «nano« réside dans l'équilibre et la réussite ou non de ce rapprochement de plus en plus fréquemment opéré entre Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique et (une partie des) sciences Cognitives, que les Américains rassemblent sous l’acronyme «NBIC«. Un domaine dont les perspectives sont immenses, quoiqu’encore mal identifiées, et qui produit à la fois du rêve, et de l’inquiétude.
Les applications du monde «nano« présentent en effet un potentiel sans précédent mais restent encore largement incertaines. On ne peut en mesurer à l'heure actuelle toutes les retombées et les impacts sociétaux. En outre, dans ce domaine plus que dans beaucoup d’autres, il est difficile de distinguer la science de la technique. Les outils qui permette d’explorer la matière à cette échelle sont les mêmes que ceux qui permettent de la manipuler (c’est même l’une des caractéristiques des objets quantiques, dont l’état n’est pas indépendant de leurs conditions d’observation). Et par ailleurs, les espérances placées dans les nanotechnologies incitent les entreprises à investir lourdement dans la recherche, même de long terme (la moitié des budgets de R&D nanotechnologiques dans le monde est privée), ce qui oriente cette recherche vers ses applications et conduit beaucoup de découvertes à être brevetées – autre convergence de fait avec l’informatique et les biotechnologies. Mais pour servir à quelque chose, des objets aussi petits doivent s’agencer dans des dispositifs à taille humaine : les nanosciences convergent alors avec les sciences de la complexité, à commencer par celles qui s’intéressent au fonctionnement du cerveau, ou des systèmes vivants. Le «C« (cognition) de l’acronyme NBIC vient de là. Les enjeux de société associés aux nanotechnologies peuvent difficilement être dissociés des enjeux industriels. Aujourd'hui, le train nanotechnologique est lancé, sa direction est fixée par les entreprises autant (voire plus) que par les acteurs publics et tout débat sur les risques, les visions sous-jacentes ou l’éthique doit prendre en compte cette puissante dynamique.
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